Je pense que le point faible d'Agathe, c'est qu'elle m'aimait.
Elle m'aimait comme aime Agathe. Une femme en quête d'accomplissement. D'aboutissement.
Une femme fragile. Une fille raisonnée mais brisée. Elle n'avait pas fait que de bonnes rencontres.
Elle passait sous silence ce pourquoi je l'aimais.
Quand j'ai connu Agathe, j'étais un parfait touriste sentimental. Un opportuniste. Je ne l'avais même pas vu, si silencieuse ce jour-là. J'étais entouré de gens bruyants et heureux. J'étais moi-même bruyant et heureux.
Et pourtant.
Agathe était pour moi une banalité. Sans contrepoids. Qui flanche a la première alerte. Puis, elle a aimé Pierre. Et j'ai voulu la connaître. Par curiosité. Comprendre ce que Pierre était pour elle. Si elle était faite comme moi.
Non. Agathe n'était ni bruyante, ni heureuse. Celà m'embêtait. Pour la première fois je rencontrais un imposteur, un frère. Nous n'étions ni bruyants, ni heureux.
Et pourtant.
Puis il y a eu Jeanne, puis Alice, Marie, Estelle. Mes journées débordaient. Agathe s'affaiblissait. Le point faible d'Agathe, c'était qu'elle m'aimait.
Un jour, elle m'a tout dit. Droit dans les yeux. J'ai pas compris. Ses raisons. Ses fissures. La digue physique qu'elle s'imposait. Cette existence troublée. Que j'ai respecté. Je m'emputais.
Nous étions seuls et coordonnés. Elle comprenait mes troubles. C'était inédit. J'aimais lui offrir ma pudeur. Ma nudité. Mon âme.
Dans ma confiance, un nouveau confort, comblé du courage le plus sain, j'ai enjambé la digue. Et de toute ma pudeur. Ma nudité. Mon âme, je lui ai fait l'amour. Seul et coordonné. Nous étions seuls et coordonnés.
Aveuglée. Elle m'aimait. Moi, j'étais fort. Car Agathe, je la respectait bien plus que je ne la désirait.
Je l'aimais dans le courage. Elle m'aimait dans la témérité.